Beyrouth, Santiago, Alger

Les dysfonctionnements persistants du système financier signent l’avènement d’une nouvelle période du capitalisme faite de nombreuses incertitudes. On en voit le début, on n’en perçoit pas la suite. En attendant, les manifestations se multiplient avec la fin de la mondialisation triomphante et la tardive reconnaissance de l’accroissement des inégalités.

La simultanéité est frappante, pouvant laisser penser à des effets d’entraînements réciproques. Du Liban au Chili en passant par l’Algérie, dans ces contextes très différents, de véritables soulèvements sont en cours, sur un mode qui s’est désormais partout imposé quand les tensions sociales atteignent leur paroxysme et en viennent à affecter de larges couches de la société. Arrive en effet un moment où l’insupportable n’est plus acceptable. Hier sûrs de leur fait, les gouvernements et même les régimes sont maintenant sur la défensive et vacillent, pris au dépourvu par l’enchaînement de mobilisations massives.

Et, si l’on cherche un fil rouge reliant tous ces évènements qui se précipitent, on trouve comme constante une application aveugle des recettes néolibérales. Mais elles ont fait leur temps, déclenchant une vague de « populisme » honnie chez les bien-pensants. Il en est dans ce domaine comme dans la finance, aucune alternative ne se dessine qui accréditerait l’idée que le capitalisme de loup deviendrait agneau. Tout se creuse, depuis les déficits, l’endettement et les inégalités.

Le système capitaliste ne produit plus seulement de la dette, mais également et de manière intensive des inégalités. À tel point que l’on peut à juste titre s’inquiéter de la mise en place progressive d’éléments d’un système de contrôle social utilisant les nouvelles technologies. La Chine a pris les devants et développe un système global dont le dernier élément est une application d’étude de la pensée du Président Xi Jinping, très intensivement promue dans le pays, et dans certains cas obligatoire dans les faits, qui permet de surveiller en permanence l’activité d’un utilisateur de smartphone. 

La transition écologique est sur toutes les lèvres, mais il ne s’agit pas seulement de cela. Le monde est entré dans une autre transition, celle dont le capitalisme est le point de départ, mais qui semble destinée à durer longtemps, faute d’accomplissement. Le capitalisme n’opère pas sa mutation et ce qui pourrait lui succéder – que l’on ne nomme plus – reste en pointillés. La rupture qui serait nécessaire est d’une telle ampleur qu’il semble inconcevable d’y parvenir. En d’autres termes, la définition du programme est en avance sur celle de la stratégie. Le grand soir et l’avant-garde c’est fini, il reste un grand blanc à remplir.

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6 réflexions au sujet de « Beyrouth, Santiago, Alger »

  1. « Le capitalisme n’opère pas sa mutation et ce qui pourrait lui succéder – que l’on ne nomme plus – reste en pointillés. »

    Si, si on nomme ! Ça s’appelle la démocratie, le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple.

    Si les moyens numériques ne permettent pas pour le moment de se passer de « représentants », ils permettent dès à présent de contrôler que leurs actions correspondent bien à l’intérêt général, et le cas échéant de mettre fin à leur mandat électif. Bref, de remplacer la surveillance de masse, une société de la vigilance version high-tech de la RDA, par la surveillance continue des élus par le peuple.

    Totalement utopique bien sûr, mais comme les extrémistes au pouvoir font un doigt d’honneur aux libertés et aux lois de la thermodynamique…

  2. Qu’est qui caractérise un système en transition ?
    Voilà la 1ère réponse que m’a sorti google :
    La transition désigne « un processus de transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre » C’est un processus qu’il est impossible de maîtriser totalement puisqu’il s’inscrit dans un système complexe qui échappe à une planification rigide.

  3. « un système de contrôle social utilisant les nouvelles technologies. La Chine a pris les devants et développe un système global dont le dernier élément est une application d’étude de la pensée du Président Xi Jinping, »

    Pas de panique!
    Ce n’est qu’une vieille resucée de la « pensée Mao-Tsé-Toung », le petit livre rouge, censé résoudre les problèmes de ses dévots et indiquer le sens de la marche en avant.

    Très puissants, et le livre et la pensée. Je crois me souvenir qu’un humoriste avait lancé l’idée que les Viets brandissaient le petit livre rouge avec un puissant flot de pensée pour abattre les bombardiers US au-dessus d’Haïphong. S’agit de bien viser, c’est tout.

    1. copié-collé défaillant.
      On souhaite la même efficacité aux étudiants de la pensée du Président Xi Jinping. Non pas ‘grâce à …’ mais ‘en dépit de …’

  4. «  La rupture qui serait nécessaire est d’une telle ampleur qu’il semble inconcevable d’y parvenir.« 

    C’est bien cela, je crois. Il est non seulement inconcevable d’y parvenir mais inconcevable sans doute de la penser ; de la penser, cette rupture nécessaire, dans sa totalité.
    Car derrière le capital et le capitalisme il y a l’argent, la monnaie, cette véritable divinité à laquelle nous sacrifions, à laquelle nous nous sentons tenus de sacrifier, tant et tant de choses, tant et tant de notre vie.
    Changer de divinité n’est pas une mince affaire…

    1. Sans même parler du général Climat qui si nous continuons encore quelques années sur cette trajectoire va détruire nos sociétés pendant que nous discutons du sexe des anges, il convient de prendre en compte le facteur de l’âge dans les révoltes populaires que nous voyons fleurir un peu partout actuellement.

      Avec un âge moyen en France de près de 43 ans pour les femmes et de 39 ans pour les hommes, il est certes difficile de changer de divinité. Une richesse relative et l’âge aidant rendent un changement de paradigme difficilement envisageable : la révolution ? mais qui va garder les enfants ? (Cependant, ne perdons pas espoir. Les desperados au pouvoir dans leur quête acharnée de la destruction des acquis du CNR finiront bien par réveiller les sangs des papys et mamies).

      L’âge moyen à Hong-Kong tombe lui à 38 ans, à 33 ans au Chili, 30 ans au Liban et à 28 ans en Algérie*. Si l’on rajoute à cela des revenus médians extrêmement bas (HKG excepté) et des sociétés très inégalitaires, on peut comprendre que le changement de paradigme dans des pays à la population jeune et pauvre soit plus facilement envisageable.

      * Chiffres ‘à la hache’ trouvés sur le net après une recherche rapide et qui ne prétendent pas à l’exactitude absolue mais à simplement donner un ordre d’idée concernant les écarts entre pays.

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